
Un mot des metteurs en scène…
Suite à l’euphorie de l’après-guerre, les trente années qui ont suivi ont été bousculées d’incertitudes. De ce qu’on a appelé le premier choc pétrolier jusqu’aux traders fous d’une économie immaîtrisable, d’une canicule folklorique à une autre, révélatrice de catastrophes ; l’époque semble ne pas vouloir se ressaisir et s’engouffre dans la fuite en avant.
La compagnie a choisi de surfer librement et avec fantaisie sur cette tourmente. Au lointain de la scène, des portes contiennent tous les possibles de la narration. Dans la profusion des apparitions surgit le premier repère: c’est le musicien. Il est aussi celui qui se retourne sur son passé. Il nous conte par bribes son histoire, c’est-à-dire sa famille. Comme si soudain, dans une suspension comateuse, on se retournait sur son passé et on laissait surgir quelques images qui nous constituent.
Au-delà de l’anecdote, ce sont les corps qui nous racontent la résistance souterraine aux événements : l’engagement et le risque, la pulsion des guitares électriques, l’irrésistible attrait pour la liberté, le partage et les subtiles affinités, le sensible et la jubilation, la quête de la fête. Je pense à l’appétit de vivre d’Henry Miller : "nous sommes peut-être au bord du gouffre, mais alors que ce soit une danse."
Christian Lucas
Ma démarche de recherche et de construction d’un spectacle a pour point de départ le cirque, c’est à dire le corps, le rythme, l’objet et l’espace.
A aucun moment je ne me pose la question sur le mot que l’on associe au cirque, je vis aujourd’hui et travaille donc le cirque avec tout ce qu’il peut comporter ici et maintenant. L’information, la culture, la curiosité sont des facteurs naturels au développement de cet art, mais ce ne sont que des "plus". Si les bases ancestrales du cirque (le plaisir, la peur, le danger, l’exploit, la magie, le rêve, l’agilité…) ne sont pas sincères, les "plus", comme on dit, se transforment vite en "moins" !
Dans cette création j’ai justement choisi d’être au coeur d’un système de "référence" afin de pouvoir en jouer sans avoir la prétention de le juger. L’histoire de famille développée tout au long du spectacle est un prétexte joyeux et complexe aux divers thèmes abordés (la lutte de pouvoir, l’argent, la mémoire, le rapport à l’homme et au travail, la surproduction, la surconsommation, la solitude, la sensualité entre hommes…). Mais sans cette enveloppe thématique nous serions probablement tombés dans la dénonciation primaire, occultant cette touche de second degrés nécessaire (à mon sens) au public pour qu’il puisse lui-même se faire sa propre opinion.
Notre résultat est une fantaisie circacienne, un instant libre au questionnement tranquille et sincère.
Vincent Gomez
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